Un homme de trop, de Jean Pierre Chabrol

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Un homme de trop, de Jean Pierre Chabrol

Message par Yugcib le Mer 30 Sep - 20:27


En livre de poche, dépôt légal 2 ème trimestre 1967, Gallimard

L'auteur

Jean Pierre Chabrol est né en 1925 à Chamborigaud dans le Gard. Lycéen à Alès, puis maquisard du Bougès, c'est un Cévenol de vieille souche. Après des études en Sorbonne, la sculpture le conduit au journalisme en qualité de dessinateur, puis le croquis l'amène au grand reportage.
Romancier, cinéaste des marins bretons et des mineurs cévenols, Jean Pierre Chabrol, un écrivain parmi les plus fortes personnalités de sa génération, reçoit en 1956, le Prix du roman populiste pour Le bout galeux, puis la bourse de la fondation Del Duca pour Les innocents de Mars et l'ensemble de son oeuvre.
Son roman Les fous de Dieu, sélectionné pour le Goncourt en 1961, n'a cependant pas été couronné, au grand regret d'Aragon...
Il a écrit entre autres livres : Fleur d'épine, La chatte rouge, Les Rebelles, La Gueuse...

Un homme de trop, le livre :

C'est, du lundi 20 juillet au dimanche 26 juillet en 1943, durant une semaine, la vie et l'action d'un groupe de maquisards dans la montagne Cévenole.
Thomas, commissaire technique, s'irrite de ces paradoxes politiques qui imposent la mort et la misère pour d'hypothétiques "lendemains qui chantent"... Il s'interroge sur la nécessité ou non de devoir "éliminer" un prisonnier suspect, cet "homme de trop", libéré avec onze patriotes, du quartier des condamnés à mort de la prison de Sarlande.
En cet été 1943, les maquis Cévenols, comme tous les autres maquis constitués de réfractaires, de rebelles, en général des jeunes ayant refusé de partir au STO (service du travail obligatoire) ainsi que de quelques communistes et anarchistes, et aussi, par exemple, d'enseignants révoqués par l'administration de Vichy... En dépit de quelques actions de commando menées dans les villages contre les occupants et les autorités de la France de Pétain et de Laval... Ne forment pas encore comme en été 1944, une armée organisée et structurée avec des armes lourdes, en face de la puissance Allemande, du pouvoir des Milices et surtout -il faut le dire- des unités de Waffen SS françaises ...
Cette semaine du 20 au 26 juillet 1943, se terminera donc -et hélas- très mal pour la plupart de ces maquisards Cévenols, dont le chef Paulo, cependant, parvient à s'échapper, pris avec "l'homme de trop" et deux de ses compagnons par quatre de ces Waffen SS français chargés de "nettoyer le pays"... Paulo parvient à rejoindre un autre groupe qui se préparait à mener une action d'envergure, et finalement une partie de l'objectif que s'étaient fixé les maquisards est atteinte...

... De tous les livres que j'ai pu lire sur la Résistance, sur les maquis, Un homme de trop, de Jean Pierre Chabrol, est à mon avis l'un des livres les plus vrais, les plus réalistes... A rapprocher d'ailleurs, de Les forêts de la nuit, de Jean Louis Curtis (Prix Goncourt 1947).

Voici un extrait, afin de "donner une idée" du langage, au quotidien, de ces maquisards Cévenols que sont Terrasse, Lambris, Parquet, Chambranle, Cimaise... entre autres personnages de ce livre. Ce sont là, des noms de guerre... :

"Chierie d'espadrilles! .../... pour cavaler sur les trottoirs, comme l'autre nuit, ca gaze, mais quand tu t'amènes sous les châtaigners, dans les pellous, ça te met les arpions en pelote à épingles.
Lambris, un petit rouquin aux cheveux en brosse, à la face bien ronde criblée de taches, avec, sur le front, la cicatrice bleue d'une balafre de la mine, parle en confidence, un bras passé sur les épaules de son inséparable Parquet : ... si encore je pouvais la voir rien qu'une petite minute (la Simone).../... Pour t'attendre, ça, t'en fais pas, elle t'attend! S'esclaffe Chambranle.../... et pas seule, qu'elle t'attend, te tracasse pas, elle chôme pas des fesses, ta Simone!
.../... Tou po pas lui foutre la paix à cé pétiton, s'insurge Cimaise. ...

C'est que la vie, au quotidien, dans le camp en pleine nature sauvage, est rude : le repas principal c'est une grande lessiveuse pleine de nouilles avec l'eau au dessus encore bien chaude... Et du pain...
Il y a dans ce livre, cependant, beaucoup de philosophie et de morale (si l'on peut appeler "morale" cette "autre morale" qui n'a rien à voir avec la morale du sens du monde et de ce qui doit être et se faire, qu'on apprend au catéchisme et qui s'articule sur le Bien et le Mal, en gros la "morale bourgeoise ou conventionnelle qui doit être celle du citoyen qui ne "fait pas de vagues" et qui obéit sagement en "grinçant un peu des dents" ; morale qui exclue, conspue, punit, guillotine, promet à l'enfer, lorsque le "délinquant", le "salaud" "fait quelque chose de vraiment mal ou choque, dérange)...

... Et c'est ce que raconte en sourdine Thomas, le commissaire technique, un soir :

"Une des choses qui déterminèrent ma vie fut la lecture d'un texte de Jean Jaurès. J'étais tombé dessus par hasard à la bibliothèque de l'Ecole Normale. Je n'en suis pas sûr, mais je crois bien que c'était son discours d'Albi, à la jeunesse. J'ai oublié les termes exacts, mais Jaurès expliquait que dans chaque être humain, même le plus avili, même tombé au plus bas de l'échelle sociale, il reste toujours, du grand brasier de l'âme humaine, au moins une étincelle, et qu'on peut, et qu'on doit souffler sur elle non pour l'éteindre, mais pour ranimer le grand brasier de l'âme..."

...La voilà, la "morale", la vraie, celle qui n' a rien à voir avec la morale qui a cours, celle qui n'est pas celle des curés, des hommes politiques, des imans... Mais qui est intemporelle et qui se pratiquait chez des peuples anciens dits "primitifs" vivant en tribus, en collectivités, en groupes, bien avant l'arrivée des religions monothéistes...

Cet "homme de trop", que l'auteur nomme "le type" dans son livre, est en fait un condamné de droit commun, un "simple d'esprit", un frustre, un homme qui a violé et étranglé une femme et a été condamné à mort (à la guillotine) par un tribunal... Lors d'une opération de commando menée par un groupe de maquisards à Pradeilhes, contre la prison, afin de libérer onze patriotes condamnés à mort par un tribunal de la France de Vichy, il se trouve que dans la précipitation de l'action, une douzième porte est ouverte, celle de la cellule du "type"...
Au départ, le "type" est considéré comme prisonnier, mais Paulo le chef de groupe et ses compagnons décident finalement d'éliminer le "type" (Ils venaient de liquider déjà, un milicien prisonnier)...
Mais Thomas, chargé de tuer le "type", hésite et décide de le laisser filer dans la nature... Ce qui va se révéler être une erreur fatale, puisque le "type", revenu au camp "parce qu'il a faim et ne sait où aller", s'enfuit de nouveau par crainte d'être tué, et tombe entre les mains de quatre Waffen SS français embusqués non loin du camp des maquisards...
Le groupe des maquisards venait de réussir un "gros coup", ayant attaqué un train militaire Allemand, tué les soldats allemands, récupéré du matériel de guerre dont une mitrailleuse, des caisses de munitions et de ravitaillement dont ont profité d'ailleurs les habitants de Pradeilhes.
Finalement, Thomas, deux de ses compagnons -et le "type"- pris par les Waffen SS français, dont l'un deux a tout de même pu être tué par Thomas, sont pendus au viaduc du chemin de fer...
Le "type" regrettait alors de ne pas être passé par la guillotine, fou de terreur à l'idée de se balancer dans le vide au bout d'une corde...



... Tout le monde sait qu'il y avait durant la seconde guerre mondiale en France, la zone occupée au Nord et à l'Ouest, et l'Etat Français de Pétain et de Laval, au Sud, avec pour capitale Vichy ; tout le monde sait qu'il y avait dans la France de Vichy et jusqu'à la libération en été 1944, la Milice, une organisation para militaire tout de noir vêtue avec béret sur la tête, chargée de combattre le bolchevisme et le terrorisme... Soit dit en passant, à l'époque, on ne disait pas "des résistants" mais "des terroristes"...
... Cependant, "tout le monde" sait moins qu'il y avait aussi dans la France de Vichy, des unités de Waffen SS françaises, encore mieux équipées, plus féroces, plus "expéditives" dans leurs actions de répression, que les milices... Ces Waffen SS français étaient en fait exactement les mêmes que les Waffen SS Allemands, habillés aussi en noir avec sur la manche et sur la casquette le double lézard blanc en zig zag...

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Re: Un homme de trop, de Jean Pierre Chabrol

Message par Frénégonde le Mer 30 Sep - 21:00

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