Toute la France en vélo en 1969...

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Toute la France en vélo en 1969...

Message par Yugcib le Mar 8 Aoû - 18:03

... Cette année là, en 1969 alors que je travaillais de nuit (2 nuits sur 4) au Transit National, tri des colis au PLM Gare de Lyon... Je me ménageais par ce que nous appelions des "combines", de longs congés qui consistaient en jours normaux de congé (nous en avions 26 dits "ouvrables" par an, augmentés de 5 dits de "fin d'année" plus 4 appelés des "ferry" (de la circulaire Ferry) soit donc en tout 35 jours que l'on pouvait fractionner en plusieurs fois dans l'année ; chaque période de congés précédée de plusieurs séries de remplacements de collègues de l'autre brigade, avec en plus, entre les remplacements et les congés, les repos compensateurs (10h une nuit, 20h deux nuits, 40h quatre nuits)... En effet, depuis mai 68, pour les heures travaillées le dimanche entre 0 et 6h et entre 20 et 0 h, on avait la compensation à 100% c'est à dire 10h... A moins d'être "décalé" une nuit de samedi/dimanche ou une nuit de dimanche/lundi, l'on arrivait assez vite, en quelques semaines, à obtenir jusqu'à 40h, donc 4 nuits de 10h... L'on pouvait même dans le cadre de l'une de ces "combines" demander un "décalage" volontaire de 2 nuits celles du samedi et du dimanche lorsque les 2 nuits de travail tombaient sur le samedi et le dimanche, ce qui prolongeait encore notre congé...
Avec ce système de combines, j'ai donc pu, à deux reprises en 1969, bénéficier de deux longues périodes de vacances : la première du 23 avril jusqu'au 12 juin, et la seconde du 31 août jusqu'au 30 septembre. Et encore trois autres périodes plus courtes, d'une semaine chacune dont une du 24 au 30 juin...
Au mois de mars j'avais acheté d'occasion au Marché aux Puces de Saint Ouen Porte de Clignancourt, un vieux vélo pour 80 francs, sans dérailleur ; et avec ce vélo je m'étais aventuré une fois jusqu'à Chartres par la nationale 10, à 93 km de Paris... Un jour l'aller, le lendemain le retour...
Puis, du 23 avril jusqu'au début du mois de mai, je m'étais aventuré avec ce vieux vélo, cette fois, dans le Sud de l'Angleterre, de Douvres suivant la côte et remontant jusqu'à Birmingham... Mais le vent, et de bonnes averses intempestives ont eu raison de mon courage, et de guerre lasse, j'abandonnai le vieux vélo dans un fossé au bord de la route, pas très loin de Birmingham, et je fis de l'auto stop jusqu'à Londres, et finalement revins à Paris en train, vers le 10 mai. Cette fois, je me rendis chez un marchand de cycles "Cycles La Gazelle" place de la Nation, et achetai un vélo plus performant, neuf, un bon cyclo de randonneur à 8 vitesses (double plateau et quatre pignons) et m'aventurai à partir du 12 mai, sur un parcours dans toute la partie Ouest de la France, de 3200 km : Touraine Anjou, Limousin, Lot, Aquitaine, Landes, jusqu'à Bayonne... Et ensuite de Bayonne à Dunkerque par les routes proches de la côte, Bretagne et Normandie. J'ai même fait une incursion aux Pays Bas en longeant la côte Belge jusqu'à Heist an Zee... Puis de là, je suis redescendu vers Paris par Amiens et Beauvais... Le 11 juin, à la veille de reprendre le travail, je "bouclai" mon parcours de quelque 3200 km depuis le 12 mai...
Je faisais étape dans des auberges de jeunesse et il m'arrivait parfois de dormir "à la belle étoile" dans un champ...
A la fin du mois de juin durant une semaine, je décidai de me rendre chez un copain du Transit qui s'appelait Goigoux et qui demeurait dans le même hôtel que moi rue Claude Tiller 12 ème arrondissement. Ses parents et sa soeur vivaient à Tauves dans le Puy de Dôme et c'étaient, les parents de mon copain, des exploitants agricoles.
Ce Goigoux était un passionné de voitures de course et il économisait de l'argent pour acheter une bagnole de rallye. Il avait pris ses vacances en juin et à la fin du mois il se trouvait encore à Tauves. Il m'avait dit, sachant que je parcourais la France en vélo "viens chez mes parents quand tu voudras"...
Donc, le 24 juin, je me rendis tout d'abord à Fontainebleau où l'auberge de jeunesse était pour ainsi dire mon "quartier général" parce que j'y allais souvent. Et le lendemain, le 25 juin, par un temps chaud et magnifique, parti vers 6h du matin, je fis 283 km jusqu'à Gannat dans l'Allier où je dormis dans un hôtel de routiers. A la première heure du jour le lendemain je quittai Gannat et me rendis à Tauves par Clermont Ferrand. De Clermont Ferrand jusqu'à Tauves il y a 60 km dont 45 de montée en lacets, Tauves étant situé sur un haut plateau herbeux de prés et de champs... J'arrivai chez les parents de mon ami vers 11h 30 et tout juste après avoir garé mon vélo, voyant les parents et la soeur de mon ami en train de faner (on était au moment des foins) je me joignis à eux pour travailler. Il fallait rassembler l'herbe coupée au rateau à foin et je dois dire que je me mis avec enthousiasme à ce travail. Quand j'ai dit au papa de mon ami que j'avais fait en une seule journée 283 km en vélo, il en revenait pas!
Après un repas de midi "pantagruélique" (des produits de la ferme) l'après midi nous nous remîmes au travail. Le soir, mon ami voulait "sortir" revoir ses copains, faire un peu la bringue, aller en boîte et il m'a demandé de l'accompagner... Mais j'ai préféré passer la soirée en compagnie de ses parents et de sa soeur, des gens très sympathiques avec lesquels je sentais que je pouvais me "lâcher" quelque peu et avoir une discussion sur des sujets "graves" (et importants) de la vie... J'ai tout de suite perçu dès le premier contact avec ces gens, qu'ils m'étaient vraiment acquis vu leur accueil chaleureux et l'impression favorable qu'ils avaient de moi... En dépit de ma "dégaine d'apache" et de mon côté bohème (j'étais pas du tout fringué comme ces cyclo-sportifs aux maillots rutilants qu'on voyait dans les associations de cyclotouristes déjà à l'époque)...
La soeur de mon ami, un peu plus jeune que moi et que mon ami, était une jeune fille brune, au teint pâle un peu rosi aux joues, svelte, habillée chic mais très simple, avec un joli visage, les yeux rieurs, elle débordait de gentillesse et d'attentions et quand je "causais" je voyais bien qu'elle m'écoutait et que ce que je racontais l'intéressait énormément...
J'ai bien senti que ses parents, autant son père que sa mère, pensaient que je pouvais être "un bon parti" pour leur fille... Qui n'avait aucun "petit ami" (et devait sûrement être "une vraie jeune fille n'ayant jamais été au grand méchant loup")... RIRE...
Seulement voilà... A cette époque, l'"agent des PTT à l'emploi sûr -et à la retraite assurée- qui "était un bon parti" pour la fille des Goigoux... Ne pensait qu'à crapahuter en vélo par les routes de France...
Le lendemain, le trajet en vélo retour à Paris étant tout de même assez long, depuis Tauves, je repartis de bon matin et fus saisi de froid dans la longue descente vers Clermont Ferrand, les doigts gelés serrés sur le guidon. Il me fallut 2 jours complets pour regagner Paris...
... Au mois de septembre de cette année 1969, durant un mois, je fis un nouveau tour de France, cette fois, la France de la partie Est et des montagnes : un parcours de 2500 km, par le Massif Central, les Cévennes, le Languedoc, la Provence, le Mont Ventoux, les Hautes Alpes, (3 cols dans la même journée), la Savoie, la Suisse de langue Française, Lausanne, Pontarlier, le Jura, les Vosges (route des crêtes) et enfin la Lorraine et terminai à Metz. A Metz j'ai pris un train pour Paris...
J'ai conservé en souvenir de ces longues randonnées en vélo dans toute la France, ma carte d'auberge de jeunesse qui, pour l'année 1969 a plusieurs rallonges emplies de tampons d'hébergement. A cette époque il n'y avait pas d'autoroutes sauf Paris Lyon Côte d'Azur, ce n'étaient que des nationales et des départementales (ou des vicinales) parfois bombées au milieu, avec des carrefours "patte d'oie"... Les cyclistes étaient peu nombreux, les jeunes que je rencontrais en auberge de jeunesse étaient tous motorisés (ou arrivaient en auto stop) avec des 2 chevaux, des Dauphine, des Volkswagen coccinelle... Ils avaient des guitares et le soir jouaient et chantaient, nous dormions dans des dortoirs de dix quinze lits de camp, garçons et filles séparés. Il était recommandé d'apporter son "sac à viande", les lavabos parfois c'était "un grand zinc surmonté d'un tuyau percé de trous", et nous faisions la cuisine tous ensemble filles et garçons en utilisant la vaisselle et les ustensiles de l'auberge. L'auberge était tenue par un "Père Aub'" (ou une Mère Aub')... Le matin avant de partir, on balayait...
Il n'y avait nulle part, comme de nos jours, de "pistes cyclables" (sauf en Hollande)...
C'est en 1973 que je parcourus en une seule journée, ma plus grande distance en vélo, de Paris à Poitiers 330 km...
J'avais décidé de venir chez ma grand mère à Tartas dans les Landes, en vélo... Par la nationale 10... A cette époque j'habitais 26 avenue Alphand à Saint Mandé, et je partis un matin à 3h et après le boulevard Brune je pris la direction d'Orléans tout d'abord... Puis après Orléans, Blois, Tours, Chatellerault et Poitiers. J'arrivai à Poitiers vers 23h 30 et le lendemain je fis Poitiers Bordeaux, encore une grande journée, puis enfin le 3 ème jour, Bordeaux à Tartas... (il ne me restait plus que 140 km à faire)... Il faut dire que j'avais un autre vélo, plus performant et plus léger (acheté lui aussi aux "Cycles La Gazelle" place de la Nation à Paris)...
Sur le coup de midi ce 3 ème jour j'arrive à Arengosse à 21 km de Tartas, où habitaient mon oncle et ma tante Jeanne et Gaston, instituteurs à Arengosse... Ils me voient "débarquer" sans avoir prévenu, il était midi, ils n'ont rien pu faire d'autre que de m'inviter à déjeuner...
Mais pour le retour j'ai pris un train rapide à supplément qui m'amena à Paris Austerlitz depuis Dax, en 6h de temps...

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Re: Toute la France en vélo en 1969...

Message par Yugcib le Jeu 10 Aoû - 17:20

... En 1969 je m'étais inscrit à la section cyclotourisme de l'ASPTT. Le dimanche matin à 8h avait lieu le rendez vous, au Petit Clamart, en face d'un café restaurant, pour une sortie jusque vers midi, de quelque 80 à 100 km, en Ile de France, partie sud ou ouest.
Lors de ma première sortie au début du mois de juillet 1969, je "dénotais" dans le groupe que nous formions : c'étaient tous des "chevronnés", arborant des tenues complètes de "pro", et avec de superbes vélos de prix équipés dernier cri. Entre autres personnages de ce groupe de cyclotouristes de l'ASPTT, il y avait Trotte et Merceron, des "mordus" et des "pros" qui faisaient leur 28 de moyenne, alors que je ne me propulsais sur des parcours de 50, 80 ou 100 km, qu'à 23/24 de moyenne horaire... Je n'avais qu'un vélo "demi course" tout à fait ordinaire que j'avais payé 300 francs aux "Cycles La Gazelle" place de la Nation, pas de gants de vélo, pas de chaussures spéciales, et j'étais habillé d'un simple maillot de couleur sans marque, d'un "flottant" et je faisais c'est vrai question "look" "un peu apache sur les bords"...
Lors de la première sortie, je me mis dans les roues de Trotte et de Merceron, les deux "caïds" du groupe qui "menaient un train d'enfer" et ma foi, je parvins à plusieurs reprises à leur "damer le pion" à ces 2 "mercenaires de la bécane" qui en foutaient plein la vue aux autres!
Le dimanche 13 juillet, une magnifique journée de ciel bleu sans aucun nuage, nous fîmes une sortie en vallée de Chevreuse, et dans un grand tournant, dans une descente je décidai de doubler tout le monde en particulier Trotte et Merceron qui roulaient en tête... Je voulais "frimer un peu"... rire...
Manque de pot, voilà-t-il pas que je me déporte sur la gauche à toute vitesse, ne pouvant plus rien faire pour revenir au moins au milieu de la route, je heurte brutalement une bordure en pierre et finis ma course contre le talus au dessus de la bordure, la roue avant de mon vélo complètement tordue... Projeté en avant que je fus sur le talus, la manette du dérailleur m'était rentrée profondément dans la cuisse...
Je ne pouvais plus tenir debout sur mes jambes, la douleur était fulgurante... Le vélo hors d'usage ; il a fallu faire arrêter un automobiliste, puis me conduire à la clinique de Saint Rémy de Chevreuse où je fus soigné et demeurai tout ce dimanche, puis encore le lendemain le lundi 14 juillet... Je fulminais en voyant ce temps magnifique, ce beau ciel bleu, allongé que j'étais dans une chambre de clinique, ce 14 juillet...
Il me fut prescrit de ne plus faire de vélo pendant 1 mois, ainsi qu' un congé de maladie de 3 semaines que j'interrompis volontairement parce que je voulais faire des remplacements de collègues de la brigade D au PLM (ces remplacements, dans le cadre de "combines" avec les repos compensateurs et une partie des congés, constituaient la "clef de voûte" de mes longues vacances)...
Je ne respectai point les recommandations du toubib de la clinique (éviter de refaire du vélo avant 1 mois)... Au marché aux puces de Saint Ouen Porte de Clignancourt, une semaine plus tard, j'achetai d'occasion un autre vélo de randonneur. Un soir je me rendis à Taverny à 30 km au nord de Paris, avec ce nouveau vélo, chez ma cousine Danièle et son mari qui étaient alors tous les deux secrétaires militaires à la base aérienne de Taverny...
Ce lundi 14 juillet 1969, lors de cette magnifique journée que je passai à la clinique de Saint Remy de Chevreuse, naissait Isabelle la fille de mon cousin Jean Pierre Dupouy qui habitait avec sa femme Martine, alors, à Montereau en Seine et Marne...
... Je dois dire que cet accident de vélo fut pour ainsi dire, le seul vraiment sérieux que j'ai eu de toute ma vie en vélo... D'ailleurs, cinquante ans plus tard, j'en porte encore la cicatrice bien visible sur ma cuisse...
Il m'arrivait quand je parcourais Paris en vélo dans la circulation, notamment place de la Concorde aux heures de pointe, ou ailleurs... De "slalommer" en véritable acrobate, sans jamais le moindre accrochage...

... A la mi août cet été là, en 1969 je partis un soir vers 7h, la veille du 15 août, pour un voyage de nuit jusqu'à Boulogne sur Mer, par Beauvais, Amiens, Abbeville, la nationale 1... J'avais un bon éclairage (à cette époque les lampes de vélo fonctionnaient avec une dynamo) et j'ai roulé toute la nuit, tranquillement, sans fatigue jusqu'au petit matin où je me suis arrêté dans un café pour prendre un copieux petit déjeuner... avant d'effectuer le reste du parcours, une quarantaine de kilomètres terminus Boulogne sur Mer, l'auberge de jeunesse...
Le temps était à l'orage durant cette nuit là du 14/15 août 1969 en cette région du nord que l'on nomme aujourd'hui les "Hauts de France" et par moments je voyais de grands éclairs dans le lointain, mais le ciel est demeuré toute la nuit simplement couvert en partie et sans pluie...
Je me rendais à Boulogne sur Mer pour voir les deux filles que j'avais connues en février de cette même année 1969, lors d'un séjour de ski de l'UCPA à Argentières après Chamonix. L'une Jacqueline Sagot, et l'autre Monique Gilles étaient toutes les deux infirmières à l'hôpital de Boulogne...
Dans l'après midi du 15 août je m'étais rendu avec Jacqueline et ses parents et son frère sur la plage de Boulogne sur mer. J'ai voulu "prendre un bain" mais l'eau était à 16 degrés! Ah gla-gla, le bain n'a guère duré ! Cela me changeait des plages des Landes où l'eau en Août était à 22 degrés !

... J'ai parcouru en tout (tous trajets et voyages) durant l'année 1969... Un peu plus de vingt mille kilomètres avec 4 vélos différents : un premier, archaïque, d'occase (pour 80 francs) sans dérailleur, que j'ai abandonné dans un fossé près de Birmingham en Angleterre ; un deuxième, un cyclo randonneur vert à 8 vitesses que j'avais payé 300 francs et qui a fini "en accordéon" dans un virage sur une route dans la vallée de Chevreuse ; un troisième, un vieux vélo noir d'occase que j'ai échangé contre un beau vélo rouge, plus performant, de course, le quatrième, et que j'ai payé, aux Cycles La Gazelle place de la Nation, dans les 400 francs...

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