Quelques personnages dont je me souviens...

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Quelques personnages dont je me souviens...

Message par Yugcib le Jeu 3 Aoû - 15:14

... Du temps où je travaillais au centre de tri postal du PLM à Paris Gare de Lyon...
Tout d'abord, de fin novembre 1967 jusqu'au printemps de 1971, au Transit National, au tri des colis pour toute la France en Nuit C (2 nuits consécutives sur 4, de 20h à 6h)...
Il y avait dans ce service situé au rez-de-chaussée à proximité du Transbordement et des voies de garage des wagons postaux, dans une vaste salle très haute de plafond, quatre postes de travail :
-Celui de l'ouverture des sacs sur une plate-forme au bout de laquelle commençaient à avancer quatre tapis roulants qui ensuite se dirigeaient en hauteur vers des "cocotes" tournantes, rondes, de près de quatre mètres de diamètre chacune, recueillant les paquets qui tombaient. Nous ouvrions durant chaque vacation de 20h à 6h, quelque 1800 sacs et parfois jusqu'à des 2000/2200... Les sacs arrivaient sur de grands chariots poussés par les "manuts" (les préposés), la file des chariots s'étirait jusqu'à plus de cent mètres de l'entrée du Transit, et de part et d'autre de la vaste entrée l'on voyait d'énormes entassements de sacs postaux empilés les uns sur les autres le long des murs...
-Celui des "Passe Paris", l'une des trois "cocotes" de 4m de diamètre, tournante, dans laquelle tombaient tous les paquets à destination de toute la France sauf Paris et départements limitrophes, et sauf la "ligne" (les départements desservis par les ambulants du PLM).
-Celui des "Paris" (et départements limitrophes)
-Celui de la "Ligne"
Autour de chacune de ces "cocotes" se tenait une batterie circulaire de deux rangs de sacs accrochés et l'on voyait sur la batterie devant chaque sac, l'étiquette de destination (un "collier bleu" rectangulaire)... Quand le sac était plein, on le fermait avec un "cheveu" (un fil rigide) et avec l'étiquette bleue, et aussitôt on mettait un sac vide à la place. On appelait "faire des sups" (des sacs supplémentaires) ce travail, en général effectué par 2 ou 3 préposés se tenant derrière les batteries... Autour de la cocote nous étions 3 ou 4 voire jusqu'à minuit 5 trieurs et je ne vous dis pas à quel rythme on se saisissait des paquets dans la cocote afin de les jeter dans les sacs autour de la batterie, il fallait faire très vite pour lire les adresses écrites sur les paquets et ne pas se tromper en lançant les paquets dans les sacs (souvent un "côte d'or" hélas, tombait dans "l'Yonne" juste à côté!)...
... A l'ouverture, à mesure que le préposé ( un grand costaud souvent, un Antillais ou un Réunionnais) vidait les sacs sur la plate-forme, nous étions quatre à cinq trieurs répartissant les colis en les jetant sur les trois tapis roulants menant aux cocotes... Cette position de travail était la plus fatigante et c'est là que l'on respirait le plus de poussière et là où il y avait le maximum de bruit...
Lorsqu'on prenait notre service à 20h, en Nuit C ou en Nuit D, nous nous trouvions là, toute la "brigade" en même temps jusqu'à minuit, que la "17-24", une brigade spéciale composée en général d'auxiliaires ou d'étudiants... De telle sorte qu'à minuit au moment de la pause qui durait jusqu'à 1h (on se rendait alors à la cantine), l'on avait ouvert juqu'à des 1100, 1400 sacs...
Durant cette pause de 0 à 1h (on avait un chef "cool" qui nous laissait reprendre à 1h un quart) après le repas pris à la cantine, on jouait au tarot à quatre à 10 centimes le point.
On avait encore une autre pause d'un quart d'heure à 3h du matin, et très souvent, sur le coup de 4h, 4h et demie au plus tard 5h, nous avions notre compte en matière de sacs ouverts (de 1800 à 2200)... Alors, le chef nous laissait partir, on allait sous la douche du PLM et on se réunissait entre trois ou quatre "potes" dans un petit bar sympa autour d'un copieux petit déjeuner...
Il m'arrivait, avant d'aller dormir dans ma chambre d'hôtel au mois au 11 rue Claude Tiller 12ème arrondissement, jusqu'à midi/une heure... de parcourir Paris en vélo à toute vitesse dans le jour naissant, jusqu'aux Champs Elysées, le long de la rue de Rivoli, du boulevard Saint Germain... (des "virées" d'environ 1h de temps, avec un arrêt "rebelote un autre petit déjeuner" dans un bistrot à l'autre bout de Paris)...
Et le soir 20h, la deuxième nuit de travail... Suivaient 2 nuits de repos... (Sauf quand il fallait faire des "rentrées" c'est à dire rendre des nuits de samedi dimanche en décalage d'office, remplacer un copain de l'autre brigade)...
... Des personnages avec lesquels j'ai travaillé au Transit National et dont je me souviens le plus, durant cette période de novembre1967 jusqu'au début de 1971, je cite : Lovisat, Pierre, Mouls, Théron, Cave, Delattre, Deyris...
-Lovisat était un "simple" comme on dit, un type qui passait pour un demeuré, l'idiot du PLM et qui était un pupille de la Nation, âgé d'une trentaine d'années, qui faisait souvent le pitre, se déculottait et montrait son cul debout juché sur le bar de la cantine, à chaque fois c'était un spectacle qui soulevait une tempête de rires et d'exclamations... Il racontait des tas de conneries, il était la risée de tout le monde...
J'avais pour ce Lovisat, une sympathie particulière, et je crois bien que j'étais le seul de tout le PLM à avoir avec lui des discussions sur des tas sujets d'actualité, sur des bouquins, sur des films, enfin sur des tas de choses qu'avec les autres je pouvais pas discuter. J'ai très vite réalisé en étant copain avec lui, qu'il était très cultivé, très intelligent, et qu'il avait une "belle âme". Il me disait qu'il faisait exprès de faire le con tout le temps et que c'était sa façon de les aimer, les autres, en les faisant rire et les laissant se foutre de sa gueule...
Au Transit, il faisait des "sups" toute la nuit, et les autres arrêtaient pas de se moquer de lui, et trouvaient qu'il allait pas assez vite. "Eh Lovisat, ça dégueule, maille toi le cul"!
Quand il était pas au Transit, il était au dépoussiérage des sacs, et parfois, le bureau d'ordre l'affectait à l'ascenseur comme "liftier"... Il était toujours habillé en bleu de travail d'ouvrier, la veste ouverte sur un tricot blanc, et il avait un début de calvitie, le haut du crâne lisse comme un oeuf...
-Pierre, Mouls, Théron et Cave, c'était le "quatuor" inséparable dans les beuveries, les tournées de bistrot, les parties de tarot et les "piliers" de tous les "arrosages" et célébrations de résultats sportifs et autres, mutations de copains etc. ... Avec eux, les discussions tournaient autour des mêmes sujets : le cul, les putes, les PD, les bagnoles, le foot, le rugby, les boîtes... C'étaient pas des mauvais bougres loin de là, je suis même des fois sorti avec eux, parce que c'est vrai qu'avec eux on se marrait, surtout avec Cave le plus "vieux" (et le plus roué) de la "bande des quatre"...
Pierre (c'est son nom de famille) était de l'Aveyron (de Rodez je crois) , Mouls et Cave étaient de l'Aude, et Théron, de l'Hérault (Montpellier je crois)... Cave, le plus âgé, lui, était "manut" (préposé) et ce Cave il dénotait par son langage très cru et par ses expressions bien à lui très triviales (on aurait dit qu'il causait avec son trou de bale)... Il avait une moto ancienne, gris clair, une forte cylindrée, toujours bien astiquée et un jour pendant une pause de minuit à une heure il me l'a faite essayer sur les quais du transbordement, une nuit où y'avait pas beaucoup de chariots ni de tas de sacs empilés... Qu'est-ce qu'il était rigolo, ce Cave ! Il se foutait de moi, mais c'était jamais méchant... Il pouvait pas causer cinq minutes sans dire "cul, putain, bordel, enculé, pédale, merde, tu fais chier" etc. ... Et il avait sans cesse la clope au bec, des sèches roulées avec du gris (à l'époque le paquet de gris avait 0% d'agents de saveur et de texture, 40 grs et c'était le meilleur et le moins cher)...
-Delattre faisait partie, lui, de la "17-24", c'était un ancien de l'ORTF viré (sans doute pour ses positions "un peu anarchistes sur les bords"). En attendant de trouver un autre emploi dans le journalisme, il avait été embauché au PLM comme auxiliaire... C'était un type calé sur tout, qui connaissait l'actualité politique et autre dans tous les détails, je me trouvais souvent en sa compagnie jusqu'à minuit, autour de la batterie des "passe paris" et avec lui, j'aidais Lovisat à faire des "sups"...
-Deyris, lui, était un type d'Hagetmau dans les Landes, très radin, qui ne payait jamais à boire ni quoi que ce soit, un solitaire, un célibataire endurci qui pensait que les femmes étaient source de dépenses, qui avait peur de se faire embobiner par une femme, et qui en journée de 10h du matin jusqu'à 17h, travaillait en second emploi chez un luminaire. Il devait avoir un sacré coquet livret d'épargne, ne sortait jamais, ne dépensait pour son quotidien que le strict minimum... On se demandait quand il dormait, tellement il bossait...
-Notre chef, au Transit (je ne me rappelle plus son nom) était un type presque à l'âge de la retraite, cheveux blancs, en blouse grise tout le temps, vachement sympa, sans cesse la clope au bec, toujours de ci de là à bosser avec nous, soulevant et vidant les sacs, triant, faisant des "sups", très droit, très "moral", vraiment un type bien, il nous laissait partir des fois à 4h du matin quand on était arrivé aux 1800 sacs requis (en fait à 4h du matin, on avait ouvert 2000, 2200 sacs)... Faut dire aussi, qu'on bossait tous comme des dingues et qu'avec la "17-24" jusqu'à minuit, le chariot chargé de sacs jusqu'à 3 m de hauteur, il "faisait pas long feu" au rythme de l'ouverture surtout avec l'Antillais costaud et Cave sur cette position "stratégique" de l'ouverture...
... Au début de l'année 1971 je fus affecté à l' "Avion", au premier étage du PLM, un service qui traitait tout le courrier venu de toute la France, de Paris et de la région parisienne, à destination des antilles françaises, de la Guyane, La Réunion, les anciennes colonies d'Indochine devenues le Viet nam, le Laos, le Cambodge ; les anciennes colonies d'Afrique Noire, l'Afrique du Nord Maroc Algérie Tunisie, et les Terres Australes.
Les sacs étaient en toile plastifiée bleue, et ne pesaient que 25 kg maximum (les sacs de départ).
Les positions de travail étaient les suivantes :
-L'ouverture, sur une grande table métallique percée de petits trous pour le passage de la poussière : les chariots se succédaient, un préposé ouvrait et vidait les sacs, nous étions 2 de chaque côté de la table, nous répartissions les paquets, les liasses de lettres et de journaux magazines dans une bonne dizaine de corbeilles métalliques disposées au delà de la table d'ouverture. Au rythme où nous jetions les paquets et les liasses, les corbeilles se trouvaient pleines très vite, un préposé venait et les dirigeait vers les positions de travail et en remettait une vide à la place (souvent pas assez vite surtout quand on manquait de corbeilles, de telle sorte que du courrier tombait par terre)... On appelait ce service de l'ouverture la "Répartition". Quand j'étais de "1ère répart" cela signifiait que j'étais à la "répart" toute la nuit (en fait jusqu'à 4h, 5h du matin). Quand j'étais de "2ème répart", après la pause de minuit à 1h, on m'affectait sur une autre position de travail (en général de tri des lettres)...
-L'ensachement UF (Union Française) et l'ensachement AFN (Afrique du Nord) : les trieurs apportaient les liasses que l'on mettait dans des grands casiers avec les paquets, et quand le casier était plein, on remplissait un sac avion maximum 25 kg et il fallait impérativement suivre les consignes du "pointeur" qui arrivait avec une feuille imprimée sur laquelle étaient inscrites les heures de départ pour Orly. On prévenait les trieurs pour la confection des liasses de lettres qui devaient êtres prêtes pour le départ annoncé.
Il fallait peser chaque sac de façon à ce qu'il ne dépasse pas les 25 kg, mais la balance n'était pas toujours très juste...
-Les positions de tri de lettres au casier, par "côtés" : Guadeloupe, Martinique, Guyane ; puis les anciennes colonies d'Afrique Noire, puis l'Afrique du Nord : devant ces positions là, l'on n'effectuait que du tri de lettres et cartes postales au rythme règlementaire (et imposé) de 500 au quart d'heure, debout ou assis (quand les casiers étaient équipés de sièges)...
-Le service des "surtaxés" (les grosses enveloppes dont certaines pesaient jusqu'à 2kg) : là, les cases étaient plus grandes.
-Les positions de la "Machine" et du "Pointage" qui étaient des positions "privilégiées" en ce sens qu'elles étaient tenues par les "caids" de la brigade (des anciens, des pistonnés, des mecs qui savaient taper très vite à la machine)...
Je n'avais pas de position attitrée, d'ailleurs la plupart d'entre nous, nous "tournions" par semaine ou par mois, chacun à notre tour sur l'une ou l'autre des positions de travail sauf à la Machine et au Pointage tenues par les "caids"...
Ce que j'aimais le plus, là où je trouvais que le temps passait le plus vite, c'était la Répartition (fatigant, voire épuisant, mais c'était là aussi qu'on se marrait le plus et qu'on s'entendait le mieux entre potes)...
L'ensachement, on était tout seul, fallait gérer... Le tri devant les casiers, là, c'était ce qu'il y avait de moins rigolo, de plus long, et là où on était le plus sous la coupe des chefs (pas rigolos, les chefs, à l'Avion)...
Je me souviens, quand le chef était pas dans les parages, et que j'étais au tri devant un casier, je m'amusais à dessiner des "shadocks" sur des "étiquettes 26" (étiquettes de destination)... J'arrivais à en dessiner des fois, une bonne dizaine dans la nuit... Les copains se marraient quand je les montrais (c'était plus "élaboré" on va dire, mes dessins, que les shadocks de la Télé... J'en ai réalisé une sacré collection en tout !
-Il y avait aussi au PLM Avion, la cabine des chargements (traitement, tri et préparation envoi des valeurs déclarées et des recommandés) où n'étaient en général affectés que des "anciens" (d'une vingtaine d'années environ plus âgés que moi). Parfois, je m'y trouvais en renfort dans ce service. Il fallait tenir un grand cahier d'inscription et d'enregistrement de toutes les "VD" et "LR" en entrée et sortie, "au plus juste" et si possible sans ratures ni ajouts ou surcharges, de telle façon qu'en fin de traitement (fin de vacation) le bilan devait être de zéro entre les entrées et les sorties, sinon, il fallait effectuer impérativement les recherches nécessaires.
-Voici les personnages dont je me souviens le mieux, de cette époque 1971 – 1976 où je travaillais au PLM Avion en nuit C :
-Adraste, un type à peu près de mon âge, un préposé très costaud, d'allure genre forain ou "manouche", d'un visage particulièrement typé, qui, en journée se trouvait en relation affaires avec des ferrailleurs, des brocanteurs, des revendeurs au noir, toujours à la limite de la légalité, et à qui "il ne fallait pas raconter d'histoires", ne pas trop se frotter, tant il était susceptible, sourcilleux, bagarreur... Je bossais, notamment à la "Répart'", souvent avec lui, et il fallait voir à quelle vitesse il ouvrait les sacs!
Cet Adraste, "il faisait jamais dans la dentelle", mais au fond, c'était pas le mauvais bougre, la preuve c'est qu'il fit partie de mes meilleurs copains et j'étais l'un des rares mecs à l'Avion, à "être dans ses papiers" à tel point que pour mon mariage en 1975 et pour ma mutation dans les Vosges en 1976, il a fait partie de l'équipe de mes accompagnateurs pour "enterrer ma vie de garçon" (assez "épique" comme épisode soit dit en passant, vu la "cote" que j'avais au PLM Avion à la fin)...
Il m'est arrivé, lors de moments "historiques" dans ces nuits de travail à l'Avion, "où comme on disait, on n'était pas payés bien cher mais on rigolait"... D'avoir avec Adraste, ce type "hors du commun" et si "marginal" à sa façon, des discussions passionnées sur toutes sortes de sujets, des gens, de la vie, de la société, du monde ; des discussions à nulle autres pareilles à celles que j'avais avec les autres... Il savait que j'étais "un peu poète et anarchiste sur les bords", que j'étais toujours plus ou moins "dans la lune" et dans des tas de pensées et de réflexion et sans cesse en observation... mais jamais il s'est foutu de ma gueule...
A côté de lui, à portée de main, là où il bossait, à la "Répart'" ou ailleurs poussant des chariots, changeant les corbeilles, vidant les sacs, faisant des "sups"... Il avait toujours 2 ou 3 canettes de bière. Ses bras et son torse et son dos étaient couverts de tatouages...
-Filali, un autre préposé souvent affecté (à vrai dire tout le temps) à la Répart', un mec assez "fruste" on va dire, et qui lui non plus ne "faisait jamais dans la dentelle", et qui cherchant une femme pour se marier avait rencontré par annonce une jeune Réunionnaise... Pour son mariage, le repas avait eu lieu dans un restaurant ouvrier menu du jour un steak frites !
-Euséby, l'un des "gros caïds" de la Machine et du Pointage, un mec toujours "plein aux as" qui payait à boire à tout le monde, et qui était du RPR en tant que militant avec un petit poste de responsabilité au sein de son quartier et qui avait "des tas de relations" (autant dire "le bras long")... Sous la blouse grise de travail il était toujours en costard cravate, il était assez baraqué, corpulent, un ventre proéminent, on aurait dit un "député riche et gras" à le voir...
-Kakou, un Sénégalais d'origine, de Dakar je crois, affecté lui, en permanence aux "Surtaxés", un type qui avait quitté sa femme, vivait avec ses enfants mais subvenait aux besoins de sa femme avec laquelle il ne voulait plus vivre, s'occupait de ses enfants et s'assurait de leur éducation (et les envoyait de temps à autre en court séjour chez leur mère).
Ce Kakou, sa passion c'était la lecture des journaux (tous les grands journaux nationaux toutes tendances droite gauche confondues) dont en particulier "Le Monde Diplomatique", il était au courant de toute l'actualité la plus récente comme la plus ancienne, il s'y connaissait en droits, en lois, sur tout ; et il entreposait rangeait dans son casier au vestiaire, des piles énormes de journaux classés par dates...
Très maigre, sec comme du bois mort, sous sa blouse grise, on le voyait en chemise blanche cravate noire, le cheveu bien crépu et bien fourni un peu blanchi aux tempes, on savait pas l'âge qu'il pouvait avoir, on aurait cru aussi bien 50 que 30... Lui aussi c'était "un bon bougre" et il faisait partie de mes potes.
-Charlie, le "clown le grand amuseur le rigolo le vanneur le farceur" de la Cabine des Chargements, qui aurait presque pu être mon père (vingt ans de plus que moi) et "qui m'avait à la bonne et très bien dans ses papiers" et qui fit partie de mes potes lors de l'arrosage pour mon mariage, et un an plus tard, l'arrosage de ma mutation pour les Vosges...
-Il y avait aussi, une dame d'une trentaine d'années dont le mari était mort d'une leucémie et qui élevait seule désormais ses trois enfants très jeunes, et qui tout à fait exceptionnellement par dérogation en raison de sa situation familiale de veuve avec enfants, avait pu être affectée en nuit. Cette dame, une brune au visage typé, assez chic d'apparence et très sympathique, avait été placée en position permanente devant un casier de tri doté d'un siège : C'était au tri des lettres et cartes postales pour l'Afrique du Nord notamment l'Algérie, et lorsque je me trouvais au tri de l'AFN je voyais une case "Blida" (Blida où j'avais vécu avec mes parents de 1959 à 1962)... A l'AFN, je me trouvais à chaque fois, à côté de cette dame et nos discussions étaient toujours intéressantes et sur cette position de tri, contrairement aux autres, jamais je ne m'ennuyais...
... Je suis resté en tout et pour tout cinq ans environ, au PLM Avion nuit C, de février mars 1971 jusqu'au 30 juillet 1976, date de mon départ en mutation pour Bruyères dans les Vosges...
De mon mariage en 1975 jusqu'à juillet 1976, entre mes 2 nuits de travail et donc durant le temps de mes 2 nuits de repos avec les journées, je faisais avec une carte d'abonnement SNCF au mois, le voyage aller retour Paris Est- Saint Dié des Vosges. Je partais de Paris Est par un train rapide vers Nancy à 6h 15, juste après ma 2ème nuit de travail, je changeai de train à Nancy, un autorail rapide pour Saint Dié où j'arrivais vers 11h. En gare de Saint Dié j'avais, stationnée dans un recoin, ma mobylette avec laquelle en une demi heure je gagnais Granges sur Vologne où je demeurais alors dans un HLM avec ma jeune femme...
Je passai donc à chaque fois, une après midi, une nuit, une journée complète, une autre nuit et pour finir un matin, dans les Vosges avant de repartir en sens inverse ce matin là pour arriver à Paris Est vers 17h, et au PLM pour 20h...
L'abonnement me coûtait 262 francs par mois et je gagnais en 1975, 2275 francs par mois plus les indemnités de nuit... Et jusqu'à mon départ pour les Vosges le 30 juillet 1976, je payais 150 francs par mois une chambre située dans une maison chez une vieille dame, à Saint Mandé au 26 avenue Alphand exactement (proche du bois de Vincennes)...
Ce fut le 10 juillet 1976 que j'appris, par une note du bureau d'ordre du PLM, que j'étais muté en "rapprochement d'époux" dans les Vosges, au bureau de Bruyères pour le 30 août 1976 à l'issue de mon congé annuel du 30 juillet à fin août...

... Un dernier "détail" avant de clore ce récit :
A l'ensachement UF où lorsque j'y étais affecté pour un mois, et où j'étais tout seul à gérer (le tri, la mise en sacs, la pesée, les départs des sacs en fonction des heures des avions d'Orly), je voyais un casier "Terres Australes et Antarctiques Françaises". Ce casier là, il ne fallait le vider et en mettre en sacs le contenu... que 2 fois par an (un intervalle de six mois) , parce qu'il n'y avait pour les TAAF dont les îles Kerguelen 49 degrés latitude Sud entre autres, et Terre Adélie, que deux vols aller retour par an... Il fallait donc veiller à ne surtout pas rater le départ dont on voyait d'ailleurs sur le programme affiché, deux mois à l'avance, le jour et l'heure du départ...
En général, à chaque fois, un seul sac à emplir suffisait (exceptionnellement on le laissait dépasser les 25 kg règlementaires)...
Chaque fois que je mettais un paquet, une grosse enveloppe, une liasse, dans ce casier ; je ne pouvais m'empêcher de rêver à ces contrées lointaines, à l'Antarctique, déjà du fait que très fort en géographie et passionné que je l'étais, de géographie physique et humaine autant que d'histoire... Je m'imaginais, pris comme témoin chargé du journal de bord, dans l'une de ces expéditions scientifiques en Antarctique... Quel "pied" je me prenais, en rêve, en imaginaire alors, dans mon quotidien de boulot de nuit au tri !

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