Le Chien Vert

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Le Chien Vert

Message par Yugcib le Jeu 10 Sep - 20:02

Lecture du texte intégral : Le chien vert

Commande sur lulu com :  ICI

RESUME :

Le chien vert est un recueil de nouvelles, de récits et de petites histoires. Certains textes, l'auteur l'admet volontiers, sont "un peu raides"...
Il s'agit ici d'une seconde version d'un livre que l'auteur avait déjà publié en 2007, et cette seconde version est donc un peu modifiée.

La première version de 2007 avait été publiée par "Alexandrie Editions" en liaison alors avec "The Book Edition". Sur le site d'Alexandrie éditions, ce livre était, avant 2009, accessible en texte intégral dans la bibliothèque de Alexandrie Editions... Mais depuis 2009 ne figure pour ce livre sur Alexandrie, que le résumé et l'image de couverture.
Ce livre dans sa 1ère version peut cependant être acheté sur "THE BOOK EDITION", c'est ICI

EXTRAITS :

Arthur et Catherine

    Elle se savait très belle et se régalait de son visage, debout devant la glace de la salle de bains, humant ses intimités habillées de ses états d’âme, passées de sa déchirure à ses doigts… Sur ses cheveux, sur ses épaules nues, sur la trace humide de sa joie imprimée sur la glace, elle se gavait de ce qu’elle ressentait du plus intime de son regard. Elle aurait voulu violer son regard, entrer dans son visage, jouir au plus profond de son âme et vibrer comme les ailes d’une mouche posée sur une goutte de sang. Elle s’évanouit, de ce raid d’elle-même d’une violence inouïe…
    Il était là, il la soulevait, l’aidait à s’asseoir. Il était son frère adoré, moche comme un pou, avec des bajoues et des poches sous les yeux. Il ne bandait que dans les foulards et les écharpes mais sa sœur ne se ceignait jamais le cou ni les épaules d’une de ces flammes de soie qui le mettait en transes.
--«Qu’as-tu, Catherine?»
--«Rien, Arthur».
La mouche, lourde dans la moiteur de la salle de bains, battait la vitre.
--«Tu sens fort, Catherine!»
--«Ah, tu trouves, Arthur? Et si ça plaisait à la mouche?»
Elle regarda son frère. Elle ne connaissait pas de garçon aussi laid que lui. Sa laideur l’émouvait, elle était très gentille avec son frère. La mouche se posa sur sa main. Elle ne la chassa pas, perçut son cheminement léger, presque électrique, jusqu’à l’extrémité de son index. La mouche s’arrêta, puis, comme assouvie et détendue après une faim prédatrice, elle s’envola et se lova dans un pli sur une chemise de nuit suspendue à la poignée de la fenêtre. Elle but le regard de son frère comme elle venait de boire, tout à l’heure, le regard de ce vieil homme voûté et sale rencontré sur le trottoir d’en face. Ce regard lui plut: il était ce regard qu’elle inventait de l’autre, ce regard qui ne pouvait que rêver d’elle… Et plus ils étaient moches, timides, secrets, ces garçons dont elle inventait un regard décrassé, fou de joie, plus elle désirait ce rêve de l’autre qu’elle imaginait assoiffé de son visage et qu’une laideur gluante confinait dans une solitude dont elle souhaitait respirer l’intimité.
 Mais Arthur ne rêvait pas de sa sœur. Il l’aimait tout simplement.
La bandaison ne venait que dans les flammes de soie, douces et délicates comme des visages de petites filles. Mais la peau des visages de petites filles n’est pas une flamme de soie et Arthur le savait, le sentait jusqu’à la moelle de ses os lorsqu’il en caressait longuement les plis, l’étoffe, s’en pénétrait de cette «essence» dont il était si amoureux: l’essence d’une indéfinissable féminité.
Parce qu’elle inventait le regard d’Arthur, un regard rêvant d’elle, Catherine ne vivait que de ce regard inventé. Parce qu’elle n’achetait jamais de foulard ou d’écharpe, Arthur se demandait bien, parfois, si le visage de sa sœur n’exploserait pas en lui de toute l’essence de cette indéfinissable féminité en flamme de soie nouée autour de son cou…
Le jour où elle ferait cet achat dont il rêvait Les deux rêves se croiseraient alors, se toucheraient sans s’être déclarés l’un et l’autre.


Chambre 17 un jeudi après midi

    Mademoiselle l’institutrice aux jolies lunettes sortit de la chambre 17 de l’hôtel de la Poste, en cette fin d’après midi d’avril, et se dirigea vers la gare où l’attendait son ami…

Mademoiselle sans maquillage, mademoiselle bien imperdée aux jolies gambettes, mademoiselle l’intellectuelle aux sages folies, mademoiselle très gentille et très bien vue dans le voisinage… qui venait de passer un petit bout d’après midi derrière des volets clos…

Cette élégante et agréable silhouette féminine allait bientôt rejoindre une silhouette masculine qui, à l’heure présente se mouvait sur le quai d’une gare…

Le grand garçon efflanqué serré dans son long K-way bleu foncé, suffoquant de bonheur en descendant du wagon, dans un quart d’heure tout au plus, enlacerait, fou de bien être, son amie, aurait le goût de sa salive sur ses lèvres, s’enivrerait de l’odeur de sa peau sur sa nuque. Il sentirait tout son être, tout son grands corps à peine sorti de l’adolescence, parcouru de craquements ; puis elle l’embrasserait très doucement, il monterait dans la voiture, suivant d’un œil ravi le mouvement des jambes de la jeune femme, s’émerveillerait une fois de plus, de son accueil, de sa simplicité et de sa gentillesse… Enfin… Il y croirait vraiment !

Cette fille qu’il fréquentait depuis quelques mois, était sa foi, son bonheur tout neuf, sa certitude, sa joie de vivre, son espérance...

Aurait-il pu imaginer, ce jeune homme, ce qui venait de se passer, chambre 17 à l’hôtel de la Poste, ce jeudi après midi d’avril, les volets clos ?

Qui l’eût cru, d’ailleurs ?

Mademoiselle l’institutrice comme dans un livre de la collection Harlequin, mademoiselle chic et tendre comme un rêve bleu éclaboussé de soleil, qu’avait-elle fait, chambre 17 à l’hôtel de la Poste ?
Un cri fou, un cri rauque, un cri brut et déchiré avait jailli de sa gorge. Le cri d’une jouissance démentielle sauvagement assouvie contre tout ce qui est trop sage dans une vie de jeune femme « bien rangée » ; contre cette insoutenable fragilité d’une existence en perpétuel ballottage… Et, de cette faim animale, vertigineuse, elle s’était profondément plue, éclatée, chavirée tout habillée sous le corps d’un gros gaillard, un rustaud de la dernière espèce qu’elle n’aimerait jamais d’amour, qui n’avait pas même ôté ses bottes, rotait et sentait mauvais…

Elle avait déversé dans les poils de cette bête humaine, toute sa délicatesse, tout son chic, toute sa fragilité… Et ses lèvres aussi tendres que des pétales de rose avaient d’abord effleuré, et ensuite embrassé, mordu, sucé l’énorme sexe de l’homme…

Les deux silhouettes, l’une féminine et l’autre masculine, dans le hall de la gare, se rapprochèrent et se fondirent en une seule silhouette…

Le rêve lui, ce rêve fou, ce rêve absolu, ce rêve qui exclue tout ce qui pourrait le salir ou le faire disparaître, durerait toujours : le jeune homme s’était déjà bardé de toutes les certitudes confortables et sécurisantes de son rêve…

Le rêve fou, le rêve sur disque dur, le rêve raide, le rêve contre ce qui se doit et se fait, le rêve sacrilège, le rêve qui donne le vertige, le rêve qui nous arrache des râles, le rêve absurde, le rêve bleu avec des taches rouges, le rêve qui déconcerte, le rêve fracture ouverte de nos raisons blessées, le rêve « vérité historique » de notre moi profond, le rêve « contre vérité » de nos vérités en béton armé, le rêve que nos mensonges au grand jour ne peuvent éteindre… C’est de ce rêve là que nous rêvons les yeux ouverts, et c’est à cause de ce rêve là que nous tachons nos draps, la nuit, que nous faisons tous ces choix irréfléchis… Des choix qui n’en sont presque plus tant ils nous ont été imposés… Comme pour se moquer de notre âme bleue…


Trou de bale

    Est-ce rond et profond, un trou de bale sur la planète des Zintélos?
Est-ce que ça pète en musique sans pestilence… Ou tout étouffé en un silence longuement écrasé et sillageant tout du long d’une nuée de touristes venus des quatre coins du ciel… pour n’avoir pas à dire qu’ici, sur la planète des Zintélos, un trou de bale c’est aussi moche qu’une vieille planète criblée de cratères puants?
Les Mahoutones, par exemple, venus de toutes ces planètes peuplées d’Hotomates et de Formatets, ont le trou de bale perclu de rhumatismes sphinctoraux, et pètent tous en une même musique universellement syncopée.
Mais les Mahoutones ne viennent pas sur la planète des Zintélos… Non pas parce qu’ils ne savent humer la pète nuageant du trou de bale des Zintélos, mais parce que le trou de bale des Zintélos, plus précisément, a exclu du Grand Concert Général la Symphonie Sphinctorale des Mahoutones…
Mais il y a, dans le vaste ciel, dans les nuées de touristes venus de galaxies lointaines ou marginales… les Kahouchones, qui rotent aigu et crachent bleu; les mangeurs de sexe; les interdits de séjour dans au moins dix Systèmes; les Chancre-Huants de la galaxie des Pesticides; et toute cette faune d’humanoïdes, zintéloïdes ou mahoutoïdes désoeuvrés, désaxés, désabusés, suçant l’instant karma sur des pelouses lumineuses dans les nirvanas clôturés des Planètes Autorisées.
… Un trou de bale sur la planète des Zintélos, ça veut pas passer inaperçu. Même si ça loufe un vent de faillots cuits à l’eau… Et si par hasard ça vous claque au museau, c’est pour vous rappeler que vous n’êtes qu’un Mahoutone, un Kahouchone, ou un Chancre-Huant… Autorisé!
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