Les braves gens ...

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Les braves gens ...

Message par Yugcib le Dim 31 Jan - 8:47

Ah ! Ils ne sont pas « chiens » pour deux sous ! Ils sont polis, ils t’écoutent, ils sont prévenants, ils te concèdent même quelques travers, voire quelques obscurités… A l’exception des « mauvais coucheurs »…
Ils ont cette largesse d’esprit que leurs lectures et leur éducation leur ont forgé…
Il y a dans la dureté du monde « quelque chose de soft »… qui éclipse, très concrètement, cette dureté du monde.
C’est fou le nombre de gens « corrects » et même gentils, que l’on rencontre !
C’est fou les civilités, dont on se lèche et pourlèche…
Je pense aux chiens lorsqu’ils se rencontrent : ils se sentent le derrière, se tournent autour, tirant sur la laisse qui les retient… Ils se transmettent ainsi leurs « civilités ».
Les Humains ne se sentent pas le derrière… du moins pas en public. Ils se font la bise, se serrent la main, s’échangent leurs horoscopes, devisent sur des sujets d’actualité…
Ces braves gens sont tous les mêmes !
Mais dès qu’ils se sentent dérangés dans leur sensibilité, dans leurs repères, dans la croyance qu’ils ont de l’autre, dans le regard qu’ils portent sur le monde, alors ils froncent, ils plissent, ils font un pas sinon deux en arrière.
Oh, que je les comprends, ces braves gens !
Le regard « au-delà du regard », serait-il une illusion ? Une vue de l’esprit, quelque chose d’encore plus « soft » ?
Faut-il être écrivain, philosophe, poète, visionnaire… Et que sais-je encore, pour être si différent que cela, de ces braves gens ?
Que vienne la chute, la chute imprévisible brutale, inconcevable… par un simple mot, un simple geste, un écrit dérangeant, une rupture sans délicatesse, la connaissance d’un fait « noir »…
Que vienne donc la chute, sur un lit d’hôpital, par des appareillages médicaux, par un visage ravagé, par quelque grosse bêtise… Et c’est le désert ! Fini les « sentisseries », les bises et les regards pieux !
Oh, que je les comprends, ces braves gens ! Dont certains sont des amis, une mère, un père, un frère ou une sœur même !
« Soft, soft, soft… Chic et classe, la grande parade, la reconnaissance, les civilités, la convivialité, la gentillesse… » Tant que ça marche droit ! Ou à peu près droit ! Comme on le croit, comme on le sait, comme on nous l’a appris, tel que l’on se l’est frayé, le chemin !
La chute par accident, par maladie, par quelque coup du sort, ça, c’est un « mécanisme » que l’on conçoit, que l’on identifie… Mais, comme on dit : « au pied du mur » c’est une autre histoire !
Il est de ces déchéances, de ces décrépitudes, de ces handicaps et de ces fins de vie qui n’ont plus de visiteurs…
La chute par nuit soudaine surgie en soi, dont l’éclat d’une comète blanche déchire l’esprit et perce le cœur, cette chute là est d’un « mécanisme » autrement complexe. Si complexe qu’il en vaut bien le renoncement à le comprendre au-delà de ses fondements les plus élémentaires.
Je comprends donc tous ces braves gens dont certains cependant ont risqué l’aventure, l’interrogation… Jusqu à cette « frontière de l’impossible ».
Nous sommes des êtres fragiles. Fragiles en dépit de tout ce qui fait notre force, notre crédibilité, notre rayonnement…
On ne guérit pas de la fragilité comme on guérit d’un rhume par exemple. D’ailleurs, faut-il en guérir, de la fragilité ? Qu’en serait-il de ce qu’il y a d’humain en nous si l’on en pouvait d’un seul coup guérir ?
Ce serait « sauter la marche »… Comme si l’on pouvait sauter un « palier » dont on ne verrait pas l’extrémité parce que sa dimension n’est pas à notre échelle !
Comprendre la complexité du mécanisme de la chute, identifier les liens jusqu’en leurs extrémités, ces liens noués qui ne semblent mener nulle part, c’est là tout ce que l’on peut faire contre sa propre fragilité… Pour que « ça n’arrive pas ».
Accompagner jusqu’au bout la souffrance et la solitude de l’autre lorsqu’il ne reste rien de ce qu’il fut du temps où il plut, par la gentillesse et l’affection encore communicables par des gestes, c’est là tout ce que l’on peut faire contre la fragilité qui nous emportera.
Ces braves gens sont tous les mêmes ! Mais oh, que je les comprends !

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