Les yeux jaunes des crocodiles, de Katherine Pancol

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Les yeux jaunes des crocodiles, de Katherine Pancol

Message par Yugcib le Dim 24 Jan - 22:08


   
Après "Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi", voici "Les yeux jaunes des crocodiles", du même auteur...
L'on y rencontre les mêmes personnages, mais quelques années plus tôt, à savoir Joséphine, Shirley, Iris, Josiane, Marcel, Zoé et Hortense les filles de Joséphine, et Antoine le mari de Joséphine, Philippe le mari d'Iris... Et le "Cure-dents", et "Chaval"...
Je livre ici, un passage de ce livre, pages 234 et 235, qui m'a particulièrement interpellé...
Cela se passe le matin de l'ouverture des soldes, au premier étage de la maison Givenchy (comme chacun sait "une grande marque") :

    "Une main aux griffes rouges et acérées vint se planter dans celle d'Iris qui poussa un cri et envoya, sans se retourner, un coup de coude furieux dans les côtes de l'assaillante qui couina de douleur.../...
La main rouge traînait encore, tentant d'agripper, au hasard des poussées, ce qui se trouvait à sa portée (il s'agissait précisément d'un petit ensemble en soie crème ourlée de ganse marron, repéré par Iris)...
Iris appuya de toutes ses forces avec le fermoir de sa gourmette et lui lacéra la peau. L'odieuse poussa un cri de bête blessée et retira sa main précipitamment. .../...
Que ces femmes sont redoutables, lâchées dans la jungle des soldes! Elles avaient attendu une heure et demi sous la pluie battante, chacune serrant dans sa main le précieux carton qui lui permettait l'accès au saint des saints, une semaine avant Noël, en soldes extrêmement privés. Happy few, quantité limité, occasions à saisir, prix sacrifiés. .../...
Des femmes d'industriels, de banquiers, d'hommes politiques, des journalistes, des attachées de presse, des mannequins.../... La voracité brillait dans leurs yeux. L'avidité, la peur de manquer, l'angoisse de passer à côté de l'article qui changerait leur vie! .../...
Huit mille quatre cent quarante euros, dit la vendeuse en commençant à plier les articles dans de grands sacs en papier blanc au sigle de Givenchy. Iris tendit sa carte... (une carte GOLD, l'équivalent de "Visa premier" -600 euros de cotisation annuelle-)...

En fait, on le découvre une page plus loin, la main aux griffes rouges et acérées est celle de Caroline Vibert, l'avocate qui travaille auprès de Philippe, le mari d'Iris...

... Certes, ces gens là, de "ce monde là"... Ne représentent qu'une petite partie de la population française...
Mais il y a les autres, et qui eux, sont des millions... Et qui courent, se bousculent dans les magasins de différentes marques, et utilisent des cartes de crédit... avec la même voracité, la même avidité, la même peur de manquer, de ne pas être à la mode...
... Happy few, happy few... Tel est l'un de ces  mots d'ordre qui fédère une population de consommateurs de tous âges... à dire vrai une population pour l'essentiel, de gens dont le niveau de revenus si modeste soit-il (mais surtout, la réserve de crédit) demeure encore suffisant pour pouvoir acheter tous ces produits, tous ces gadgets, tous ces vêtements, tous ces équipements de loisirs.... dont la plupart d'entre eux n'ont qu'une saison de durée, sont très vite "dépassés", et que l'on retrouve un beau jour dans l'un ou l'autre des innombrables vide-grenier dans toute la France...

... Les crocodiles qui infestent le marais putride, régurgitent les débris de ce  qu'ils ont fini de digérer ; et des cohortes de poules d'eau, et toutes sortes de volatiles plus ou moins déplumés aux becs fureteurs et aux pattes griffues, se gavent des débris régurgités par les crocodiles...
Et les yeux jaunes des crocodiles sont ces seules lumières, glauques et persistantes, qui dominent sur toute la surface du marais...
   


"Oui.Je t'en veux de tes airs gentils, doux, complètement à côté de la plaque! De ta générosité à la con, de ta gentillesse débile!.../... La vie est si dure, si dure, et toi, tu es là à prétendre le contraire, à essayer que tout le monde s'aime, que tout le monde partage, que  tout le monde s'écoute. Mais c'est de la connerie, tout ça! Les gens se dévorent, ils ne s'aiment pas! .../... Tu restes là comme une conne, à pleurer sur ton balcon, à parler aux étoiles. .../... Elles devaient bien se marrer les étoiles à t'entendre radoter, à genoux, les mains croisées.../... Tu pleurnichais, tu leur demandais de l'aide, tu croyais qu'un bel ange allait descendre du ciel et résoudre tous tes problèmes."

                          [ Hortense, à sa mère, dans "Les yeux jaunes des crocodiles" de Katherine Pancol, page 646, cinquième et dernière partie]

... En effet, comme je l'ai déjà dit "la vie n'est pas un conte de fées"...
Et c'est fou, vraiment fou/archi fou, ce que nos "grands et nobles écrivains", nos "plus grands penseurs", bon nombre de nos intellectuels charismatiques, la plupart de nos artistes et de nos amuseurs... et toute une pléiade d'auteurs "à la mode" dont les livres "pètent bien en évidence" sur les présentoirs des maisons de la presse... S'évertuent à nous prouver que "le monde est autrement", "que le monde change peu à peu et que des consciences s'éveillent"...
Et c'est fou, toutes ces émissions Télé "grosse émotion larme à l'oeil grand débat grandes actions humanitaires", dont l'audimat atteint des sommets, et qui nous bercent dans l'idée que "ça commence à être différent"... Alors que dès le lendemain matin, la brutalité et la vulgarité et l'égoïsme dans les comportements reprennent le dessus, à chaque fois qu'un intérêt personnel est menacé, qu'une gêne est ressentie...
Est-ce un si grand malheur que cela, que le monde soit comme il est ?
Est-ce qu'il faut pleurer toute sa vie et attendre qu'il soit meilleur, le monde ?
Aimer, c'est donner des coups de pied au cul aux autres quand ils baissent la tête et regardent leurs chaussures, pour qu'ils relèvent la tête et se mettent à s'exister par eux mêmes plutôt que d'attendre que les autres les existent... Ou quand ils se gavent de bonbon qui leur pourrit la cervelle...  
Être aimé, c'est recevoir les coups de pied au cul qu'on n'a pas volé...
Mais l'on n'aime... ou l'on  n'aime pas... que "parce que..."
Et c'est ce "parce que" qui fausse tout, qui pourrit tout, qui nous crève ou qui nous fait rêver en pure perte... et en définitive nous "désexiste"...

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