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Les mémoires barbares, de Jules Roy

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Les mémoires barbares, de Jules Roy Empty Les mémoires barbares, de Jules Roy

Message par Yugcib Mer 28 Oct - 19:48

Les mémoires barbares, de Jules Roy Mymoir10

Quatrième de couverture

    "Je suis né en même temps que l'aéroplane dans la plaine de la Mitidja, au sud d'Alger. J'ai passé mes premières années avec ma mère, ma grand-mère, mon oncle Jules et un vieil ouvrier agricole indigène qui s'appelait Meftah. On s'éclairait à la bougie, le pétrole et la lampe Pigeon étaient un luxe, nous allions à Boufarik dans un break à deux chevaux, les premières autos commençaient à rouler en soulevant un nuage de poussière, il y avait des fusils partout, le soir je m'endormais dans le hululement des chacals et la voix qui appelait les Arabes à la prière. J'ai appris à lire dans le Chasseur Français. Au lycée d'Alger, je fus un cancre, on m'expédia au séminaire : notre professeur de grec sondait l'éther avec un poste à galène et notre professeur de littérature entrait en transe en lisant Lamartine.
Ma vocation, je la trouvai dans l'armée. Je devins officier. Mes inspirateurs furent un merveilleux mandarin omniscient à demi loufoque, Montherlant et deux poètes alors à Tunis, Jean Amrouche et Armand Guibert. Quand la Deuxième Guerre mondiale éclata, j'étais dans l'aviation, le désastre nous chassa jusqu'à Alger et le drame de Mers el-Kébir nous rangea aux côtés de Pétain. Antijuif et antiarabe, je fus un homme de droite jusqu'à l'arrivée des Alliés en 1942. La confusion qui régnait fut mon salut : j'allai où je devais. Mon premier livre, La vallée heureuse, raconte comment les bombardiers lourds de la RAF écrasèrent l'Allemagne. A mon retour en France en 1945, Camus m'ouvrit les yeux sur le monde, puis je marchai seul. Après ce que je vis en Indochine, je quittai l'armée. Après ce que je vis en Algérie, je devins un subversif.
Je le suis toujours".

    Jules Roy est un écrivain et militaire français né le 22 octobre 1907 à Rovigo (Algérie, plaine de la Mitidja) et mort le 15 juin 2000 à Vézelay dans l'Yonne...
En juin 1953 il quitte l'armée qui, selon lui, en Indochine se déshonore, il se porte alors vers la littérature et après la mort de son ami Albert Camus en 1960, il dénonce la guerre d'Algérie et ses atrocités.

    J'avais déjà lu de lui "Les chevaux du soleil" dans une édition de poche de plus de mille pages, une saga de plusieurs générations d'une famille depuis le 14 juin 1830 au débarquement des troupes de Charles X sur la plage de Sidi Ferruch, jusqu'au 3 juillet 1962, jour de l'indépendance de l'Algérie...
L'action, les personnages, les drames, la vie des gens, les évènements, de 1830 à 1962, tout cela se passe dans la plaine de la Mitidja, entre Alger et les collines du Sahel, et Blida au pied de l'Atlas Tellien (le pays où j'ai vécu avec mes parents, de 1959 à 1962)...

Je vous livre ici un passage de ces Mémoires barbares :

Page 169 :

... Et le Blida de ce temps là gardait sur moi le même empire, avec ses calèches autour de la place d'Armes, son fameux kiosque à musique avec palmier, l'odeur de péché que toutes les femmes répandaient derrière elles. Dès qu'on parlait de Blida, un soleil éclatait sur le boulevard planté d'orangers.../...
La ville était pleine de riches grainetiers, de marchands de vin, d'exportateurs d'agrumes, tout le trafic d'Alger avec le Sud passait par là, on disait aussi que les filles de Blida étaient les plus sensuelles de la plaine.

    Je cite ce passage car ayant vécu moi-même à Blida, âgé de 11 à 14 ans (j'ai été au Lycée Duveyrier à l'époque, en classe de 6ème et 5ème), entre 1959 et 1962, je peux dire que, dans ce que raconte Jules Roy, de Blida, de son temps à lui, eh bien en 1960, "c'était encore ça" (mais avec des automobiles Peugeot, Citroën et Renault autour de la place d'Armes, et bien sûr, toujours le boulevard planté d'orangers, avec les oranges tombant par terre et se ramassant comme des feuilles en novembre)...

Quelle époque littéraire et artistique  que celle de ce 20ème siècle : Céline, Saint Exupéry, les débuts de l'aviation, Gide, Pauhlan, Anouilh, Sacha Guitry, Cocteau, Sartre, Simone de Beauvoir, Montherlant, Mauriac, Camus, Albert Londres... Et tous ces  écrivains, journalistes, intellectuels et artistes du temps là ; qui soit dit en passant, avaient "une autre consistance, une autre trempe"  que toute cette pléiade d'auteurs et d'artistes d'aujourd'hui se produisant ou étant présentés dans des émissions Télé grand public !... Non pas qu'il n'y ait pas de talents ou de "grandes figures" parmi ces derniers, mais les époques, celle du siècle passé et celle de ce début de 21 ème siècle ne sont pas comparables, du fait du foisonnement, de la diversité, de l'étendue de l'offre en matière de livres et de littérature, du nombre d'éditeurs et d'auteurs, de l'édition en ligne sur le Net, et des blogs... De telle sorte que la consistance, la portée, l'impact d'une oeuvre sur un public, ne se dégage  pas vraiment  et demeure noyé dans le nombre... Et que le nombre est surtout fait de "tout venant", surtout fait de produit de consommation, et par là, de médiocrité, de banalité, de contre-façon, de plagiat ou de clonage, d'esbroufe et de divers effets spéciaux ou arrangements d'occurrence...

... Tout de même, cet écrivain Jules Roy : un homme "de droite" durant la première partie de sa vie, et comme il dit "antijuif et antiarabe", et comme il l'écrit  dans son livre "Mémoires barbares", si peu enclin à soutenir les brigades internationales et les républicains pendant la guerre civile espagnole... Un homme qui, "de droite" depuis son enfance ; en 1942 change de vision et en 1953  devient un subversif jusqu'à la fin de sa vie... Ce n'est pas ordinaire !

... Dans le chapitre XI  Camus, page 301  des "Mémoires barbares" de Jules Roy , je note ce passage :

    "L'intelligentsia parisienne pouvait-elle accepter ce produit de Belcourt né d'un père commis de ferme à Saint-Pierre-Saint-Paul, commune de Mondovi, département de Constantine, et d'une Espagnole illettrée ? Son cheminement : l'école publique puis le lycée Bugeaud et la faculté d'Alger grâce à des bourses, la galère d'Alger Républicain puis de Paris Soir sous l'Occupation et enfin Combat, n'aboutissait pas à des chaires en Sorbonne, où les lumières brillent de tous leurs feux. Sur ses gardes, il ne se livrait d'abord qu'à demi. De moi, il ne redoutait rien, mais d'instinct, avec les autres, il croisait le fer. Sur les problèmes du moment, il relevait à sa façon les idées des maîtres comme un chef cuisinier de génie tire du magique de la vulgaire matière brute. .../...
Je serais incapable de parler de Camus philosophe philosophant, analyste et critique des philosophes philosophant. C'était quoi, pour lui, la philosophie ? Comme pour Diderot  : d'abord douter. .../...
Jamais cependant les professeurs et magisters ne le reconnurent comme leur égal et n'eurent pour lui autre chose qu'une condescendance parfois amicale, eux qui ne connaissaient rien à l'amitié. Il ne sortait pas comme eux de la rue d'Ulm, il n'était pas agrégé et n'enseignait pas au Collège de France. Il devait au charme de son esprit et de sa personne le succès populaire qu'un vrai philosophe envie mais ne touche qu'avec des pincettes. La masse peut-elle comprendre les subtilités de l'art ? La masse devait se contenter d'applaudir, le savoir-faire de ces messieurs consistant à transformer le langage raffiné en langage vulgaire, épicé juste ce qu'il faut pour le rendre perceptible aux élèves de l'enseignement supérieur en le laissant fermé aux autres ?"

... Ce qu'écrit là Jules Roy au sujet des "professeurs et magisters" de l'époque d'Albert Camus, demeure toujours aussi vrai aujourd'hui : cette caste pour ne pas dire cette "mafia" d'intellectuels et d'écrivains, de décideurs économiques et politiques, célébrités du spectacle et de l'audiovisuel ; tous ou presque sortis de Grandes Ecoles ou pour certains de l'ENA ou de Science-Po... N'ont à l'égard de ceux qui ne sont pas "de leur monde" (mais qui cependant parviennent à faire entendre leur voix) qu'une condescendance amusée et faussement bienveillante)... Quant à la "masse", s'il lui arrive de réagir, de penser quelque peu, d'applaudir, d'admirer, voire de vénérer, d'être séduite et confortée dans ses émotions et ses sentiments... Elle est "touchée avec des pincettes", en vérité, par ces gens "d'en haut" qui font la loi et la mode et ont le pognon... en tirant précisément et abusivement  le pognon des poches de cette "masse" si bien et si intentionnellement conditionnée pour consommer de l'épicé, du sensationnel, du différent, du vulgarisé (mais surtout pas de ce "nec plus ultra du meilleur", "chasse gardée" des privilégiés)...
Le penseur, le philosophe, l'écrivain, l'artiste, le politique, l'économiste, lorsqu'il n'a pas dans son "bagage" le charme de sa personne mais seulement pour l'essentiel sa science et sa formation ; alors il envie sans doute celui qui doit davantage  son succès au charme de son esprit et de sa personne, qu'à sa science et à sa formation...


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